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A propos de l’atelier littéraire du 8 février 2022


Gérard Feldman :

« Défenseur de la foi »

Le soldat Samuel E. Grossbart utilise sa prétendue foi, sa prétendue solidarité entre Juifs contre l’antisémitisme, son incroyable culot et, au passage, ses deux camarades Fishbein et Halpern, pour satisfaire ses intérêts personnels : permissions, éviter de frotter le sol des chambrées, et surtout ne pas aller à la guerre dans le Pacifique.

Le soldat Grossbart cumule toutes les caractéristiques attribuées aux Juifs par les antisémites : menteur, cupide, et bien entendu, ce lieu commun selon lequel « les juifs se serrent les coudes » pour arriver à ses fins.

La seule limite à ce déferlement anti-juif réside dans le fait que c’est aussi un Juif au nom familier de Marx qui est à la fois victime et redresseur de torts dans ce déferlement de turpitude. Ce Juif Marx est d’ailleurs présenté comme un héros par son supérieur, non pas un vrai héros juif, mais un vrai héros américain.

Dans le meilleur des cas, on pourrait dire que la nouvelle tente dresser un portrait positif d’un juif non pratiquant, mais honnête et sincère. On pourrait dire qu’il est plus proche de la vraie foi qu’un juif qui se dit observant, mais qui utilise le rituel pour son intérêt personnel.

Mais à l’inverse, on peut en déduire que le juif pratiquant est un redoutable pervers alors que le Juif « libéré » de ce qui se réduit alors à une « croyance » est par nature un type bien. Marx n’est-il pas celui qui a inventé la fameuse formule : « la religion est l’opium du peuple ? »

La fin de la nouvelle offre une revanche à l’honnête sergent Marx.

Après s’être laissé duper par Grossbart, il trouve le moyen de l’envoyer en Corée, alors même que Grossbart avait échappé, grâce à ses manigances, à la guerre, et avait réussi à obtenir une mutation pour un poste tranquille aux Etats Unis.

Roth déverse ici une morale anti religieuse à la Molière (Tartufe) ou à la Voltaire caractéristique du Juif américain de gauche, libéré et assimilé. Il existe pourtant une parole du décalogue qui répond parfaitement à la situation : « tu n’invoqueras pas en vain le nom de El. » (3e parole).

On assiste ainsi à une curieuse gesticulation où les promoteurs d’une morale laïque, et même agnostique pour ne pas dire athée, n’ont d’autres ressources que de se référer en réalité à la Bible pour justifier leurs propos.

Pourquoi faire semblant de l’ignorer, si ce n’est pour échapper à son tour à la terrible peur d’être Juif ? Ils se font alors les porte-voix du célèbre poète juif allemand (converti), et presque français : « Le judaïsme, ce n’est pas une religion c’est un malheur ».

« L’habit ne fait pas le moine »

La seconde nouvelle, n’a rien à voir avec le judaïsme, mais nous fait entrer dans le monde de « l’orientation professionnelle » la rééducation des condamnés pour nous emmener vers les sombres heures de la commission anti – Américaine qui a privé d’emploi et parfois de liberté, de nombreuses personnes accusées d’être communistes, dans le contexte de la guerre froide. Le professeur dévoué de l’orientation professionnelle Robert Russo avait été marxiste, lorsqu’il étudiait à l’Ecole Normale de Montclair vers 1935.

Les deux « nouvelles » ensemble nous donnent de l’auteur le portrait classique de l’ intellectuel juif de gauche tel qu’il était dans les années 60 – 70 : universaliste : anti-raciste, contre les guerres colonialisme, contre le maccarthysme, séducteur et très intéressé par la libération sexuelle : « faites l’amour pas la guerre ».

En quoi sont-ils encore Juifs ? Ils sont imprégnés de leurs origines familiales.

Pour Philip Roth se sont ses grands-parents qui ont immigré aux États-Unis de Galicie et il a entendu parler yiddish par ses grands-parents, et même sans doute ses parents, sans vraiment le connaître lui-même.. Le thème mythique de la « mère juive » possessive et qui veut diriger toute sa vie, en particulier sa vie sexuelle. L’auto dérision où le juif a plaisir a se montrer avec tous les défauts que lui attribuent les antisémites pour mieux les devancer et, ce faisant échapper à leurs sarcasmes.

Philip Roth est en fait un enfant choyé de la petite ou moyenne bourgeoisie américaine. Il a pu faire ses études universitaires et se consacrer à l’écriture sans trop de soucis financiers, d’autant plus que son premier livre Goodbye, Columbus est un succès commercial immédiat.

Il est déjà bien éloigné du temps (fin du XIXe siècle et au début du XXe), où deux millions de Juifs durent quitter l’Europe orientale et la Russie, fuyant la pauvreté, les discriminations, les vexations et les pogroms, pour s’implanter aux Etats-Unis, notamment à New York.

Lui-même ne s’est jamais considéré comme un auteur Juif, mais comme un auteur américain.

Il a cependant été assigné à la place de Juif américain à part entière de ce qu’on a coutume d’appeler, « l’école juive de New York », depuis les années 1950-1960. Il en constitue, avec ses aînés Saul Bellow (1915-2005) et Bernard Malamud (1914-1986) un des trois piliers.

Roth ouvrira la voie à ses successeurs Noam Chomsky, Bernie Sanders, ou Judith Butler qui non seulement se distancieront de leurs racines juives, mais s’engageront dans le négationnisme pour Chomski, et dans la haine d’Israël.

Véronique Cauchy :

Je n’ai jamais été fan de nouvelles, aussi lorsqu’il a été question de lire ces deux nouvelles de Philip Roth dans le cadre du club littéraire, je me suis demandée si elles allaient me plaire. J’avais encore en mémoire certains romans de l’auteur (Le complot contre l’Amérique, La tache, J’ai épousé un communiste, Pastorale américaine) qui m’avaient emballée. Dire que j’ai été gagnée par l’enthousiasme serait mentir, cependant, j’ai trouvé le propos de ces deux textes plutôt subtil. Lors de nos débats, nous nous sommes particulièrement attardés sur la première nouvelle, Défenseur de la foi, dans laquelle j’ai apprécié la dextérité de l’auteur à décortiquer le mécanisme de la manipulation.

Sabine Tcherniack :

Nous avions choisi pour cette nouvelle réunion de l’atelier de lecture un auteur plus contemporain que ceux des séances précédentes.

Notre choix s’était porté sur Philip Roth et sa nouvelle « Défenseur de la foi ».

Il s’agit d’un sergent, le sergent Marx (est-ce un hasard d’avoir choisi ce nom ?) qui de retour de la guerre en Europe en 1945 est affecté à une compagnie d’instruction. Il doit former des jeunes soldats. Parmi ces soldats figurent trois jeunes soldats juifs avec à leur tête le soldat Grossbart.

Ce jeune homme ne va pas cesser de demander quelques avantages au sergent en jouant sur le fait que le sergent est lui aussi juif. Il lui demande par exemple d’être, lui et ses deux acolytes, exemptés de nettoyage des chambrées le vendredi soir parce que c’est shabbat.

Le sergent s’aperçoit enfin qu’il est manipulé par ce jeune soldat et il va lui jouer un méchant tour.

Cette histoire qui peut sembler anodine pose beaucoup de questions.

En premier lieu celle de ses origines. En effet, ce sergent qui se veut américain avant tout se retrouve identifié « juif » par ces trois soldats et opère malgré lui un retour à ses origines.

Même si on vit parfaitement « assimilé », y aura-t-il toujours quelqu’un pour nous rappeler nos origines ?

La question de la manipulation se pose également : Pour éviter une situation dangereuse (être envoyé dans le pacifique pour ces jeunes soldats par exemple) peut-on manipuler et mentir afin d’obtenir une faveur ? La manipulation peut-elle s’excuser dans certains cas ?

Enfin, on peut s’interroger sur la possibilité de vivre son judaïsme dans un pays non juif.

Pas mal d’interrogations pour une courte nouvelle dans le pur style Philip Roth, très moderne.

Les nouvelles se lisent rapidement.

Philip Roth, écrivain américain, petit-fils d’immigrés juifs, a été plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature, mais ne l’a jamais obtenu.

Sarah Toubol :

Philip Roth ne se voulait pas « écrivain juif ». Il voulait être un « écrivain américain ».

Dans la nouvelle Défenseur de la foi, il offre une satire autour de personnages qui sont pour la plupart juifs, mais qui paraissent détachés de toute tragédie, de toute oppression. Le héros, le sergent Marx, se veut, comme l’auteur, détaché, voire libéré de son identité juive. Mais la rencontre avec le soldat Grossbart va le confronter à un dilemme moral : comment affronter sa « part » juive ?

En faisant de son œuvre littéraire une écriture d’un juif sur les juifs, Philip Roth se verra parfois accuser d’antisémitisme au point qu’il dira un jour « Je n’écrirai plus jamais sur les juifs».

Ce qu’il ne fera pas.

Le problème de Philip Roth se pose bien en ces termes : peut-on être américain en étant juif ou faut-il nécessairement n’être que juif ? Et dans le désir profond de Roth de devenir un « vrai » américain peut-être peut-on y voir le désir de n’être plus juif. En tout cas, il refuse de porter l’étiquette d’écrivain juif américain et il dira : « «L’étiquette “écrivain juif américain” ne signifie rien pour moi. […] Si je ne suis pas américain, je ne suis rien.»

Monique Feldman :

Beaucoup d’échanges autour de ces deux nouvelles de Philippe Roth, comme pour chaque atelier lecture. Pourquoi en sommes-nous venus à parler de la pédophilie puis du mariage des prêtres ? Je ne le sais plus. Mais la discussion étant très libre, j’ai raconté spontanément l’histoire suivante au sujet du mariage des prêtres catholiques :
« Deux prêtres discutent ensemble :

-Tu sais que le Pape François a l’intention de formaliser le mariage des prêtres ?  dis l’un.

-Ah ! c’est très bien, dit l’autre. Nous, nous ne le verrons peut-être pas mais nos enfants sûrement… »

Venez nombreux à l’atelier littéraire du CCJ, toutes les impressions et les réflexions sont entendues dans une ambiance détendue mais cependant studieuse.


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Paru le :
Lundi
14 février 2022