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A propos de l’atelier littéraire du 12 avril 2022


Gérard Feldman :

Dona Gracia Nasi Cécil Roth

Dona Gracia Nasi a vécu de 1510 à 1569. Elle dirige la banque Mendes, rivale de celle des Médicis. Cécil Roth est un historien juif. Il a centré tout son travail sur l’histoire des Juifs que ce soit en Angleterre, en Italie, ou sur des périodes et des domaines différents. La rencontre entre ces deux personnes à quelques siècles de distance va nous faire connaître cette femme extraordinaire. Son action a, en effet, largement contribué à la survie du peuple juif, dans une période marquée par les expulsions de différents pays d’Europe occidentale ou centrale (Portugal, Espagne, Italie, Allemagne, Autriche… ) et aussi par les persécutions et crimes de l’Inquisition.

Nous suivons avec Cecil Roth son itinéraire sans cesse mouvant. Il la conduira du Portugal à Anvers, d’Anvers à Venise, de Venise à Ferrare, puis à Istanbul d’où elle tentera d’organiser le boycott d’Ancône pour soutenir les Juifs qui y étaient pourchassés. À chaque fois elle dut échapper à toutes les tentatives pour mettre la main sur sa fortune, sinon sur sa personne.

Cécil Roth nous dit que cette femme était considérée par nos Sages comme possédant « la piété de Myriam, la sagesse de Deborah, le dévouement d’Esther, et le courage de Yehoudith ». Elle n’était pas seulement une redoutable femme d’affaires, mais utilisait ses talents pour soutenir son peuple par tous les moyens. Elle subvenait bien entendu aux besoins matériels des pauvres, édifiait des hôpitaux… mais elle était aussi d’un grand soutien pour les écoles juives qu’elle finançait de toutes ses forces. Elle attachait la plus haute importance à la transmission de la tradition et de la pensée juives. Elle permit ainsi au judaïsme de traverser – sans périr – cette difficile période.

Elle aurait aimé s’installer d’abord à Salonique, ville en majorité juive jusqu’à l’extermination nazie. Dona gracia s’y serait volontiers installée, mais Selim 1er ne l’aurait pas accepté. Elle est donc amenée fermement à Istanbul en 1554 sous la férule de l’Empire Ottoman.

Elle peut être considérée comme une véritable sioniste avant l’heure. En 1558 elle se fit accorder par le premier le même Selim 1er un bail à long terme sur la région deTibériade. Évidemment cela n’allait pas sans contrepartie : la garantie d’une augmentation substantielle de son produit fiscal annuel. Plus tard, Soliman offrit cette terre à Joseph Nassi, son neveu en 1561 (ainsi que plusieurs îles grecques).

Dona Gracia Nasi commença à reconstruire les villes abandonnées, afin que des réfugiés puissent s’y installer s’ils le souhaitaient. Son objectif était de faire de Tibériade un nouveau foyer Juif majeur de peuplement, de négoce et de formation. Il semble qu’elle mourut à Tibériade. Son neveu, Joseph Nasi, formé à son école, poursuivit son travail en faisant de Tibériade un centre textile grâce à la plantation de mûriers pour produire des vers à soie.

Au départ, Cecil Roth note que la proportion de Juifs dans le nouvel Empire Ottoman était faible, car les Juifs avaient été rudement opprimés par l’Empire Romain Byzantin jusqu’à Constantin XI ( 1404 – 1453) son dernier empereur. D’ailleurs ils n’y ont eu droit de cité qu’à partir de 212 (Edit de Caracalla) .Mais l’auteur du livre considère que les Juifs ont vécu le combat entre les empires byzantins et ottomans comme une préfiguration du combat de Gog et Magog, celui-là même qui devait se produire juste avant l’ère messianique. La défaite de Byzance sonna comme une victoire pour les Juifs. Les Juifs d’Europe opprimés étaient conviés à venir dans le nouvel Empire Ottoman. . Et beaucoup y vinrent, notamment à la suite de l’expulsion de 1492.

Les Juifs y étaient certes mieux traités qu’en pays chrétien, mais ils devaient payer des taxes écrasantes et admettre leur infériorité par rapport aux musulmans. D’ailleurs, comme en Europe, cette période plutôt ouverte, allait se terminer en répression anti juive à Istanbul deux générations plus tard (voir p.110- p.111).

Cecil Roth nous rappelle au début de son livre (ch.1) que « toutes les cours chrétiennes ou maures de la Péninsule ibérique avaient engagé un jour ou l’autre des conseillers, diplomates, des savants ou des financiers juifs. »

On pense bien sûr à Yosseph (Joseph) grand premier ministre de pharaon, archétype de ces Juifs de cour. Yosseph dans la Torah n’abandonna jamais son peuple même quand il gérait les affaires égyptiennes. Mieux encore, notre ancêtre n’a jamais caché son appartenance au peuple hébreu, même si, déjà à son époque, les Égyptiens considéraient comme une abomination de manger avec les Hébreux (Bereshit 43,32). Yosseph utilisa son pouvoir pour aider ses frères, même si ceux-ci l’avaient maltraité. Avant de mourir il souhaita que ses os soient enterrés en terre de Kenaan, sur cette terre donnée à Israël par ha Shem.

Yosseph fut un modèle pour beaucoup de Juifs dits de cour en occident ou en orient. On peut citer quelques exemples :

– Josel de Rosheim ou Yossel de Rosheim né vers 1480 et décédé en mars 1554, a été le grand avocat des Juifs allemands et polonais pendant les règnes des empereurs du Saint-Empire romain germanique Maximilien 1er et Charles Quint. Son influence parmi les Juifs et le statut protégé qu’il réussit à obtenir pour lui-même et pour les Juifs à l’intérieur de l’empire, reposent en partie sur son habileté comme avocat et aussi en partie sur le rôle des Juifs dans le financement des dépenses de l’empereur. Il lutta de toutes ses forces contre les persécutions provoquées par les pamphlets de Luther contre les Juifs, mais ne peut empêcher les pogroms et expulsions.

On pourra aussi citer « la Charte générale des libertés juives » de Kalish. Elle fut publiée par le Grand Duc Boleslas le Pieux de Pologne (1264) qui accueillit très généreusement les Juifs qui commençaient à être chassés d’Occident. Cette Charte sera la base qui permettra l’existence d’une nation juive autonome de langue yiddish qui perdura jusqu’en 1795 !

Ces exemples sont légion. On pourra aussi en trouver dans le monde musulman.

Saladin ou Selahedînê Eyûbî (en kurde – 1138 – 1193) fondateur de la dynastie ayyoubide, rappellera les Juifs des villes côtières et de Galilée et prendra comme conseiller et médecin, le célèbre Maïmonide.

– Moïse Hamon, fut le médecin et dentiste juif préféré de Soliman le magnifique(1494 -1566). Il favorisa l’émission d’un décret dénonçant les accusations de crime rituel.

– Hasdaï Ibn Shaprut (915 – 972 ) fut vizir de Abderramane III (912-961), Calife de Cordoue. Pourtant, peu après, le 30 décembre 1066, 4000 juifs sont massacrés et le vizir juif qui lui a succédé, Joseph Ibn Nagrela est crucifié.

– À la fin du XIème siècle Alphonse VI recrute un médecin et conseiller Juif Cidelo. Des émeutes anti juives éclatent à Tolède alors que le bon Roi avait conféré aux Juifs un statut équivalent aux nobles.

– Formosa Rachel de Tolède eut la fortune de devenir la maîtresse juive du Roi Alphonse VIII (1166 -1214). Un peu à la manière d’Esther. Malheureusement, elle fut massacrée à la suite d’une défaite militaire à Alarcos (1195).

– Le Juif don Zag de Maléa devint trésorier du Roi Jacques 1er de Castille en 1280. Cela ne valut rien aux 850 000 Juifs de Castille qui furent frappés de lourds impôts par son successeur Sanchez IV de Castille.

– Pierre Ier le Cruel (1350-1369) fut, malgré son surnom, favorable aux Juifs. Il protège les Juifs et les musulmans de son royaume. Il a un Juif pour astrologue, Abraham ibn Çarçal, et un autre pour trésorier, Samuel Halevi Abulafia. Ce dernier fait construire une belle synagogue à Tolède, encore visible aujourd’hui, mais sous le nom de El Transito, car elle fut plus tard transformée en église sous ce nom. Sa faveur et sa fortune suscitent la jalousie et, en 1360, il est arrêté et meurt sous la torture

– Henri de Trastamare, devenu Henri II de Castille s’appuya à son tour sur les Juifs et particulièrement sur Joseph Pichon et Samuel Abrabanel. Mais dès 1391 des massacres éclatèrent dans toutes les villes d’Espagne et 10 000 juifs furent tués et les conversions forcées furent légions.

En terre d’Israël occupée par les ottomans,Haïm Fahri,le conseiller de l’émir Al Djazzar termina torturé pour s’être opposé à un massacre de chrétiens, bien qu’il ait joué un rôle (financier) prépondérant dans sa victoire contre Bonaparte à St Jean d’Acre (1799).

A la fin du XVIème siècle, Esther Kiera, Juive d’origine modeste, se met au service de la sultane Baffa, femme de Murad III, dont elle devient la favorite. Active à la cours du Sultan de 1580 à 1600, elle participe à de nombreux épisodes diplomatiques de la vie du sultanat. Elle suscite des œuvres de charité et contribue au développement culturel des juifs. Elle est assassinée par des soldats turcs en 1600.

Ces exemples indiquent que dans l’histoire telle qu’elle s’est effectivement déroulée toutes les tentatives des Juifs pour s’assimiler se sont terminées tragiquement, malgré et même à cause de leurs succès momentanés. Dona Gracia l’avait bien senti qui avait voulu donner un Foyer en Eretz Israël pour les Juifs de son temps. Elle a eu la chance de pouvoir œuvrer dans ce sens toute sa vie.

Sarah Toubol :

Une des femmes des plus remarquables de l’histoire juive est sans aucun doute Doña Gracia Nassi.

Il est peu de personnes dans l’histoire juive, notamment une femme et particulièrement au Moyen Âge, qui jouèrent un rôle aussi élevé spirituellement, et en même temps aussi profitable pour leurs frères, que la noble dame juive Dona Gracia. Cette figure féminine peu commune, cette personnalité extraordinaire a sauvé plusieurs milliers de Marranos et d’autres juifs persécutés qui n’ont pas hésité à lui donner le nom de ” Notre Ange”.

Tout au long de sa vie et de ses périples, Doña Gracia joue avec le feu, car ses agences servent de relais aux marranes en fuite. Dès lors et pour la première fois dans l’histoire, les Juifs se dressent face à la persécution, sous la bannière d’une femme…

Elle a encouragé également la culture juive, et les poètes le lui rendirent en chantant dans de longs poèmes les efforts qu’elle ne cessa de prodiguer pour venir en aide aux Juifs du monde en cette époque si troublée. Et ils n’eurent pas besoin d’exagérer ses mérites ; car Dona Gracia fit édifier des Synagogues, fondit des Yéchivoth et des bibliothèques, et soutint, par tous les moyens, érudits et étudiants en Torah.

Nous pouvons compléter nos connaissances en consultant un autre ouvrage de Cecil Roth, rédigé en 1990 : Histoire des marranes, aux éditions Liana Levi

Et avec un peu de temps…se rendre au Dona Gracia Museum à Tiberias !

Dona Gracia Museum – Tiberias


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Paru le :
Mardi
19 avril 2022