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A propos de l’Atelier Littéraire du 11 janvier 2022


Gérard Feldman

Ce livre paru en 1959 a obtenu le prix Goncourt, la même année. Mais est-ce un roman ? Impossible de le lire comme une œuvre d’art dont on admirerait le style. Il s’agit avant tout d’une première tentative marquante pour crier ce qu’a été la Shoah. Une Shoah présentée dans sa perspective historique, à travers l’histoire d’une famille, qui a chaque génération depuis le XIIème siècle, produit un Juste : la famille Lévy.

Le livre commence déjà par un massacre : le massacre des juifs de York le 16 mars 1190 en Angleterre. Ainsi débute l’histoire des Lévy et de leurs Justes.

Qu’est-ce qu’un Juste ?

Dans la tradition talmudique, il existe 36 Justes en permanence dans le monde. Ce sont eux qui le maintiennent en vie (traité Soucca page 45). Un verset du prophète Isaïe (chap. 30:18) fonde ce principe : « heureux qui espèrent vers Lui » ; le mot « Lui » s’écrit en hébreu «לו » avec les lettres  lamed ( ל ) et vav (ו ). La lettre lamed a pour valeur numérique 30 et la lettre vav 6. Les deux font bien 36. D’où l’expression bien connue : « en voir 36 chandelles ». En yiddish lamed vav se dit lamed- vaf, terme employé dans le roman.

Normalement ces justes sont inconnus de tous. Le seul fait d’en faire connaître un pour les besoins de l’œuvre s’inscrit dans une rupture, dans une faille par rapport à la tradition. Cette faille ouvre la voie aux persécutions, aux pogroms polonais qu’ils soient l’œuvre des chrétiens ou des rouges, et comme un bouquet final, à l’abîme de la Shoah.

André Schwartz-Bart n’en parle pas seulement en écrivain. Toute sa famille proche a été assassinée. Ses parents et ses frères. Lui-même est entré en résistance. Arrêté il a subi la torture nazie à Limoges en 1944.

Ernie Lévy, le « dernier » des Justes vit de manière poignante les choix fondamentaux auxquels le peuple juif s’est trouvé confronté au XXème siècle :

– l’impasse de l’assimilation dans le pays d’accueil où durant la Première Guerre mondiale les Juifs de chaque camp ont combattu pour leur pays, y compris en tuant d’autres Juifs du camp adverse, sans pour autant n’être jamais acceptés comme de véritables citoyens des pays concernés – que ce soit la France ou l’Allemagne. (voir la rumeur que les femmes font courir à Zémyock, ce petit village polonais où habitent les Lévy).

– les persécutions des blancs ou des rouges qui mettent le doigt sur l’impasse de l’assimilation par la révolution.

– le sionisme est aussi mentionné comme une voie de sortie possible par le haut. Mais ce n’est pas l’histoire de la famille Lévy. Ernie Levy, le dernier Juste, meurt comme beaucoup de ses ancêtres, en se faisant assassiner pour rester avec son peuple. Il accompagne volontairement les enfants et son amour dans la chambre à gaz. À la manière d’un Janusz Korczak (de son vrai nom Henryk Goldszmit).

Après cela, pour André Schwartz-Bart, « Dieu » est mort. Il n’était pas là pour soutenir le Juste. Et le peuple Juif qu’il identifie au peuple yiddish d’Europe est mort avec lui. « Et loué. Auschwitz. Soit. Majdanek. L’Eternel. Treblinka. Et loué. Buchenwald. Soit. Mauthausen. L’Eternel. Belzec. Et loué. Sobibor. Soit. Chełmno. L’Eternel. Ponary. Et loué. Theresienstadt. Soit. Varsovie. L’Eternel. Vilno. Et loué. Skarżyzko. Soit. Bergen-Belsen. L’Eternel. Janow. Et loué. Dora. Soit. Neuengamme. L’Eternel. Pustków Pustków. Et loué… »

« La mort de Dieu » fut un thème souvent répété après la guerre. D’autres se sont au contraire réfugiés dans la prière. Mais peu de personnes ont vu que la Torah et le Talmud laissaient aux hommes toute leur liberté et donc leurs responsabilités dans l’histoire humaine.

Tout se passe comme si pour l’auteur, c’était finalement le destin du peuple juif que de mourir. L’auteur reprenait ainsi, et sans le dire, à son compte un mot célèbre du poète Juif allemand Heinrich Heine, ami de Marx : « le Judaïsme n’est pas une religion, c’est un malheur ».

Mais il a eu tort. Heureusement le peuple juif ne s’est pas réduit aux seuls juifs d’Europe ou aux seuls juifs qui sont restés en Europe. Aujourd’hui Israël, comme Etat du peuple Juif existe. La démographie juive dans le monde retrouve une population comparable à celle qui existait avant la Seconde Guerre mondiale.

Comme beaucoup de Juifs après la guerre, l’auteur a voulu quitter le théâtre européen de son drame. Il a tenté une nouvelle vie vers la Guadeloupe, mais sans y trouver réellement sa place.  Comme Zweig, comme Gary, comme Appelfeld… il n’a pu trouver sa place après la disparition de son monde yiddish dans la Shoah.

Sarah toubol

J’ai acheté le livre et je l’ai posé là…Et j’ai attendu… Et chaque jour me disait qu’il fallait que je m’en approche…Et chaque jour me disait d’attendre encore un peu…D’attendre pour pouvoir entendre ce qui est écrit.

Et voilà, un matin j’ai décidé d’aller à la rencontre de la vie d’Ernie Lévy, à la rencontre de tous les juifs de Pologne, de Roumanie, de Bulgarie, de Hongrie, d’Allemagne…À la rencontre de ces « milliers d’Étoiles mortes » de pogrom en pogrom.

J’allais entamer la lecture d’un livre dont déjà je connaissais la fin, l’inexorable fin.

J’allais à la rencontre d’un monde disparu.

En s’appuyant sur la saga d’une famille juive, l’écrivain fait la démonstration de l’efficacité de la destruction systématique des juifs d’Europe, planifiée et mise en œuvre par le régime nazi.

Et dans cet ultime hommage que rend André Schwarz-Bart au travers du périple de la famille Lévy, la compassion laisse place à la colère…et à une seule question : pourquoi ?

Le pays d’Ernie Lévy n’était ni la Pologne, ni l’Allemagne, ni même la France. Seul était sien le pays qui se trouvait dans son cœur et dans son esprit.

Ernie Lévy n’est pas un héros spectaculaire, pas de faits d’armes à son actif, juste une résistance spirituelle d’un juif « de la vieille race, désarmé et sans haine, et qui pourtant soit homme, véritablement, selon une tradition aujourd’hui presque éteinte » (André Schwarz-Bart).

C’est un livre-choc, un livre-témoin,

Et à la question « pourquoi ? » …Parce qu’ils sont juifs…

Qu’est-ce qu’être juif ?…C’est résister !

Sabine Tcherniack

Nous avons débuté l’année à l’Atelier de Lecture par un ouvrage que je n’oublierai certainement jamais. Je n’oublierai ni le livre ni son auteur.

Il s’agit du livre « Le dernier des Justes » de André Schwarz-Bart.

Son auteur a reçu le prix Goncourt en 1959 pour cet ouvrage, l’année même de sa sortie. On le comprend tant il est bien écrit.

Ce roman nous entraîne dans l’histoire d’une lignée de Justes du douzième siècle à la Seconde Guerre mondiale.

Il décrit l’antisémitisme qu’ont subi les communautés juives d’Europe de l’Est, mais il nous raconte également cette transmission de titre de « Juste » (que l’on appelait les « Lamed Waf » en yiddish déformation de Lamed Vav si j’ai bien compris l’explication de Gérard, un des participants de notre atelier de lecture) de génération en génération dans la famille Levy, personnages principaux de son roman.

Ce roman m’a tout de suite fait penser à un des premiers romans de Marek Halter, « La mémoire d’Abraham » dans lequel il conte l’histoire d’une famille de scribe devenu ensuite imprimeur que l’on suit au fil des siècles.

Mais c’est la seule comparaison possible ; la saga d’une famille.

L’histoire que nous révèle André Schwarz-Bart est beaucoup plus pesante, difficile à supporter. C’est le paradoxe de ce livre ; on a du mal avec certaines descriptions à la limite du supportable, mais en même temps on ne peut pas le lâcher tant il est bien écrit, bien décrit et même si on se doute de la fin.

L’antisémitisme sous toutes ses formes (pogroms, nazisme …) à travers les siècles est le fil conducteur de cet ouvrage. Et rien n’a changé !!!

Ce livre serait une sorte de thérapie pour son auteur qui ensuite a tout fait pour oublier son histoire et a émigré en Guadeloupe où il a épousé une Guadeloupéenne et épousé également la cause des esclaves en écrivant avec son épouse sur l’esclavage en Guadeloupe, mais plus jamais sur l’antisémitisme ou le judaïsme.


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Paru le :
Samedi
15 janvier 2022