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Sur le complotisme…


Depuis l’attentat du 11 septembre 2001, les théories complotistes ne cessent d’émerger dans l’espace public et notamment sur les réseaux sociaux. Les attentats de Charly Hebdo, de l’Hyper Cacher, des ‘’terrasses’’ en plein Paris, les attentats de Bruxelles, la crise du COVID, ont ravivé les discours des complotistes avec, à leur tête, des figures bien connues tel que Thierry Meyssan, Alain Soral, Dieudonné, Ron Watkins1

Les pouvoirs publics tentent de lutter contre l’amplification de ce phénomène. Les médias se sont emparés du sujet et les chercheurs en ont fait un objet de recherche transdisciplinaire.


Ces théories complotistes ne sont pas construites hors sol, elles ne sont pas que le pur produit de mouvances sectaires, elles reposent sur « un vieil outil, une vieille forme de pensée idéologique qui consiste à voir une mise en scène derrière le récit que l’on nous donne des événements, au service d’intérêts cachés. Cette rhétorique-là existe sous une forme pure et dure depuis la fin du XIXe siècle, mais elle s’est aujourd’hui largement généralisée. De plus, il y a aujourd’hui un imaginaire de la défiance qui accompagne un climat de discrédit. On ne se croit plus. »2


D’après une étude de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch, près de 8 Français sur 10 adhèrent à au moins une théorie du complot. On peut citer les plus connues : « l’homme n’a jamais marché sur la Lune » (selon cette étude, 16% des Français soutiennent que «les Américains ne sont jamais allés sur la Lune», «la NASA ayant fabriqué des fausses preuves et de fausses images de l’atterrissage de la mission Apollo».). Les attentats du 13 novembre à Paris ne sont pas le fait de la mouvance islamiste : «des zones d’ombre subsistent» et «ce n’est pas vraiment certain que ces attentats aient été planifiés et réalisés uniquement par des terroristes islamistes». C’est le gouvernement américain lui-même qui aurait planifié les attaques du 11 septembre 2001. Le VIH, la COVID seraient des virus « inventés » en laboratoire pour « diminuer la population mondiale » et les vaccins causeraient des modifications génétiques. 9 % des Français pensent « qu’il est possible que la Terre ne soit pas ronde » et les platistes sont convaincus que la science et la technique moderne nous mentent.


Précisons aussi qu’un Français sur cinq croit qu’il existe une conspiration des Juifs visant à prendre le contrôle du monde (sondage IFOP commandé par Conspiracy Watch3 et la Fondation Jean-Jaurès – France Culture 2019). Selon cette étude, 22% des Français ont répondu par l’affirmative à la question « estimez-vous que Dieudonné a plutôt raison ou plutôt tort quand il dit qu’il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale ? »

On peut également citer que pour certains Adolf Hitler n’est pas mort et que le monde est gouverné par des « reptiliens ».


Pour Tristan Mendes-France4, « Les moins de 35 ans, les moins diplômés, les plus fragiles socialement et, sur le plan politique, les sympathisants de l’extrême droite et de l’extrême gauche sont les plus perméables. »


Toutes ces théories, nées souvent dans l’imaginaire de quelques individus, relayées à la marge pendant un temps, ont gagné en audience, en résonance, en crédibilité et touchent tous les publics. On est en droit de s’interroger sur la manière dont l’essor de nouvelles technologies de l’information et de la communication a impacté le champ conspirationniste. Rapidement diffusées sur les réseaux sociaux classiques comme Twitter, Facebook ou YouTube, mais aussi sur Internet, les théories complotistes, nouveaux « savoirs alternatifs », trouvent un nouveau terrain pour se propager grâce à la communication de masse.


Si le complotisme ne date pas d’hier, nous assistons depuis quelques années à une renaissance des mouvances conspirationnistes qui, au-delà des thèses farfelues, construisent une lecture de la société et de la réalité où le monde politique, les médias, les milieux financiers, les élites intellectuelles ou starisées détiendraient un pouvoir décisionnel sur la société et seraient coupables de fomenter des guerres secrètes visant notamment à prendre le contrôle du monde.

Ces constructions narratives permettent de fragiliser le débat démocratique et installent un univers anxiogène favorisant l’exaspération. « Il s’agit de faire bouger les lignes en soufflant sur les braises du mécontentement, des frustrations et du ressentiment, en usant du mensonge et de la désinformation s’il le faut ».5 

« Dans les pays occidentaux francophones, le complotisme, sous sa forme structurée idéologiquement, apparaît vers la fin du XVIIe siècle à l’époque de la Révolution. C’est important à souligner, car il s’agit d’une arme hostile aux mouvements révolutionnaires, à l’émancipation, à la démocratie. Cela venait à l’époque d’éléments monarchistes et catholiques, avec comme cible les francs-maçons et les Illuminés de Bavière. Au cours du XIXe siècle, cette rhétorique s’est diffusée au travers de la littérature antisémite, avec une focalisation sur le complot judéo-maçonnique, notamment avec le « discours du rabbin », qui décrit une fomentation de conquête du monde au travers des révolutions, qui a servi de modèle au fameux Protocole des sages de Sion »6.


De plus, comme le note Rudy Reichstadt, « L’année 2020 a été marquée par une fièvre historique conspirationniste », nourrie par la pandémie de Covid 19 qui fut un moment propice à « léclosion de nouvelles théories du complot […] désinformations sur les réseaux sociaux, dans les médias ou à l’Assemblée nationale. Même la communauté scientifique n’a pas été immunisée. Cette poussée conspirationniste laissera des traces durables, notamment pour la vie démocratique. »


Pourquoi des individus adhèrent-ils à des théories du complot ?

La grande souplesse et la faculté d’adaptation des théories complotistes permettent qu’elles s’ajustent aux pensées et aux croyances et que chacun puisse y trouver la bonne réponse pour lire la réalité. Pour Rudy Reichstadt, « le temps joue contre les théories du complot car, pour perdurer, elles sont condamnées à élargir en permanence la taille du complot présumé qu’elles dénoncent. ». Par exemple, si les théories du complot sur les attentats du 11 septembre 2001 semblent avoir reculé dans l’opinion, d’autres ont émergé comme celles rattachées à la pandémie et aux moyens mis en œuvre pour lutter contre la Covid 19.


Cependant, la capacité de persuasion des leaders conspirationnistes ou ce que l’on pourrait appeler la ‘’crédulité’’ des adeptes du complotisme7 ne suffit pas pour rendre compte de cette adhésion. Celle-ci s’appuie, dans l’esprit des individus, sur de « bonnes raisons de croire » (Raymond Boudon). Il faut y associer des causes structurelles (phénomène de défiance vis-à-vis des informations officielles qui favorisent une plus grande réceptivité) ainsi que des causes idéologiques renforçant ainsi l’idée que le complotisme doit être compris comme une forme de pensée politique radicale. Adhérer à une cause complotiste et la diffuser c’est devenir « le porte-parole malgré soi de ceux qui l’ont forgée, et participer de leur construction d’une cause politique.»8


Pour reprendre le questionnement de l’historienne Marie Peltier, « Qu’est-ce qui sous-tend l’imaginaire de la délation et du doute systématique ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi ? Pour qui ? Par quelles peurs ? Par quels échecs ? Et surtout : en espérant quoi ? »


C’est pour contribuer à décrypter et à analyser les mécanismes qui sont mis en œuvre dans la construction de ces théories, de se pencher également sur ce qui permet aux individus d’adhérer à ces mécanismes que le Centre Culturel Juif Simone Veil de Montpellier consacre la quatrième édition de son colloque le 6 février 2022.


Sarah Toubol


CCJ Simone Veil



1Figure de la mouvance conspirationniste Qanon.

2Marie Peltier, historienne, essayiste, spécialiste de la propagande en Syrie et du complotisme.

3Conspiracy Watch ou ‘’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot’’, est un site web français fondé en 2007 par Rudy Reichstadt. Il est co-animé par Rudy Reichstadt et Valérie Igounet, historienne spécialisée dans l’étude de l’extrême droite et l’histoire du négationnisme. Depuis 2017, Conspiracy Watch se professionnalise avec le soutien financier de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et devient alors un service de presse en ligne.

4Blogueur, essayiste, enseignant dans le domaine du numérique, il collabore à l’observatoire du conspirationnisme Conspiracy Watch.

5Rudy Reichstadt, fondateur du site Conspiracy Watch et spécialiste des thèses complotistes.

6Marie Peltier, ibid

7Voir « La démocratie des crédules », Gérald Bronner, PUF, 2013.

8Emmanuel Taïeb, professeur de Science Politique, membre de l’institut Universitaire de France, enseignant à Sciences Po Lyon.


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Paru le :
Dimanche
7 novembre 2021