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Atelier Littéraire du 11 janvier 2022


« Le Dernier des Justes »

d’André Schwarz-Bart.

Un roman-documentaire puissant sur l’antisémitisme, publié le 1er juillet 1959 aux éditions du Seuil et ayant obtenu le Prix Goncourt la même année.

Emile Henriot de l’Académie française. Article paru dans Le Monde le 4 novembre 1959

Si l’on n’était pas pressé par l’actualité, et débordé par l’avalanche saisonnière des romans, il faudrait pouvoir s’arrêter, jeter de temps à autre un regard en arrière, et faire le compte des bons livres qui caractérisent une époque et ont du premier coup fait apparaître un écrivain. Je ne pense pas me tromper en signalant à cet égard l’émouvant début de M. André Schwarz-Bart, dont le premier écrit, Le Dernier des Justes, étonnant tous ceux qui l’ont lu, vient se classer au premier rang dans la course aux prix qui vient de s’ouvrir. Couronné ou non, le livre restera comme un documentaire puissant et vendeur sur une des ignominies les plus flagrantes de notre temps. L’épisode central du roman porte sur les épreuves d’une famille juive et l’héroïque essai de résistance de l’un des siens au cours des persécutions racistes pendant le règne des nazis en Allemagne, sous Hitler.

Satire, épopée, reportage et martyrologe, roman de mœurs et de caractères, et tableau d’époque, Le Dernier des Justes fait résonner toutes les cordes, et, pour le définir, en ses moyens divers, j’aimerais pouvoir dire que M. André Schwarz-Bart est tout simplement un grand écrivain ; ce n’est malheureusement pas le cas, et la chose n’a pas d’importance. Soucieux de seule vérité, il n’est pas un écrivain d’art ; son style sans délicatesse relève du langage parlé le plus populiste, et, s’il a un moment passé par la Sorbonne avant de redevenir un ouvrier, ce fils ou petit-fils d’étrangers persécutés et émigrés reste foncièrement l’autodidacte qu’il n’a cessé d’être à travers ses avatars et ses expériences. Mais tant pis pour l’art et le goût, quand un souffle puissant anime comme ici un grand livre, lui donne un accent d’épopée, et que l’émotion l’emporte.

Claire Salomon-Bayet Professeure émérite à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne

En retraçant l’épopée et la persécution des juifs en Europe, du XIIe siècle à l’année 1943 à Drancy, en dessinant la figure du Juste, un juste par génération, André Schwarz-Bart a rompu un double silence, un silence assourdissant : la mise entre parenthèses de la culture et de l’histoire juives dans l’Europe chrétienne, au nom du refus comme de la haine, au nom de la laïcité comme de l’assimilation, quels que soient la curiosité ou le goût du folklore ; mais aussi, mais surtout la sidération dans l’immédiat après-guerre devant la destruction systématique des juifs d’Europe, planifiée, poursuivie par le régime nazi. « Une génération privée de mémoire », disait Jules Isaac dans L’enseignement du mépris (1962).

En 1959, André Schwarz-Bart a libéré la parole et rendu possible la mémoire.

En 1967, André Schwarz-Bart reçoit le prix de la ville de Jérusalem pour l’ensemble de son œuvre